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Sur les traces du Che à Cuba

samedi 31 octobre 2015

Comme tous les ans au mois d’octobre, Cuba vient de commémorer la disparition d’Ernesto Guevara. Car si le Che est né en Argentine en 1927 et mort en Bolivie en 1967, l’île caribéenne ne cesse de rendre hommage à son héros. Celui qui fut tour à tour, médecin, guerillero révolutionnaire, commandant, procureur de la prison de la forteresse de la Cabaña, l’un des dirigeants de l’institut national de la réforme agraire, président de la banque nationale, ministre de l’Industrie puis ambassadeur itinérant de la révolution castriste est présent partout à Cuba. La preuve en images.

A Santa Clara tout d’abord. Lors de la révolution castriste, Ernesto Guevara avait libéré cette ville stratégique de la province de Villa Clara fin décembre 1958 après une attaque particulièrement sanglante qui dura trois jours et la prise d’un train blindé de l’armée régulière rempli de munitions. Ce fait d’armes fut une victoire décisive qui entraîna directement la chute de Batista (et sa fuite à Saint-Domingue) puisque c’était l’ultime bastion du gouvernement avant La Havane : cette bataille victorieuse a ainsi ouvert ainsi les portes de la capitale à Fidel Castro et à ses troupes qui y pénétrèrent dès le 8 janvier 1959. Aujourd’hui des wagons continuent à passer auprès du monument du Tren blindado...

Un peu plus à l’ouest de la ville, c’est une monumentale statue du Che qui rend hommage à son héros, la plus grande du pays. Il apparaît triomphant en révolutionnaire blessé au bras gauche, mais fusil à la main droite.

La construction de l’ensemble, au style très soviétique, a débuté en 1982 et a été achevée en 1988. Sous l’imposante sculpture, un musée (plus complet que celui de la Fortaleza de la Cabaña à la Havane) retrace sa vie. Les restes du guerrillero heroico y ont même été rapatriés de Bolivie 20 ans après sa mort, et la flamme allumée par Fidel Castro en 1997 brille toujours à l’intérieur du mausolée.

Le logo de ce mémorial est d’ailleurs repris partout dans l’île. Et plus particulièrement dans cette région, située au centre du pays, où il trône à la une du journal local La Vanguardia. Et même sur les billets de banques de 3 pesos où, en tant que président de la banque nationale, il avait apposé, provocateur, son surnom, comme une pirouette de son anticapitalisme. Les billets et pièces à son effigie sont d’ailleurs toujours utilisés aujourd’hui...

Mais notre statue préférée de l’idéaliste incapable de compromissions est celle qui se situe devant le siège du parti communiste de Santa Clara. Moins impressionnante et plus humaine. Avec un enfant et un cigare.

A La Havane, c’est un autre portrait qui s’affiche. Celui d’Alberto Korda. Photographe cubain, il assiste le 6 mars 1960 aux funérailles des victimes de l’explosion du bateau La Coubre, un navire rempli d’armes à destination du gouvernement cubain. Il prend alors un cliché qui deviendra mondialement connu : le Che qui apparaît furtivement derrière une balustrade, mine rageuse, regard extatique sous son béret étoilé et cheveux longs. L’image, publiée que 7 ans après (au moment de la mort d’Ernesto Guevara) deviendra d’abord le symbole de la révolution et l’emblème de toutes les révoltes et contestations, puis un mythe fourvoyé par les dérives d’un marketing qu’il aurait détesté.

C’est ce reflet décontextualisé qui accompagne les touristes et les locaux à l’aéroport de la capitale.

Et c’est cette image qui figure sur l’immense Place de la Révolution qui peut contenir 1 million de personnes, une esplanade froide où Fidel Castro faisait ses discours fleuves et là où eut lieu la cérémonie d’adieu à l’étranger fait citoyen cubain en février 59 (un fait rarissime). La silhouette, à l’allure d’enseigne lumineuse dont les contours s’allument la nuit, sur la façade du Ministère de l’Intérieur (anciennement ministère de l’industrie où le Che travaillait), est immanquable.

Et même dans le stade Panaméricain de l’est de La Havane (utilisé pour l’athlétisme et le football), les plus grands sportifs cubains posent sous son regard, comme Javier Sotomayor, champion olympique de saut en hauteur et toujours détenteur du record du monde de la discipline depuis 1993.

Mais dans n’importe quel petit village l’image christique du martyr de la trilogie Castro est présente. Au marché, dans les administrations, sur les murs des maisons, où encore dans les écoles où les petits Cubains disent tous les matins en hissant le drapeau national "Pioneros por el comunismo, seremos como el Che "(Pionniers du communisme, nous serons comme le Che)...

Et dans tous les endroits touristiques où son icône emblématique envahit les rues, comme ici dans la sublime ville coloniale de Trinidad ou dans les magasins de souvenirs dans les lieux incontournables (là devant les surprenantes mogotes de la vallée de Viñales ou dans le centre-ville de Remedios).

Crédit photos : Laurence Amette